L'urbanisation est un phénomène qui a des conséquences tant positives que négatives dans les domaines de l'environnement. La croissance des villes altère l’environnement dans le temps et l’espace, leurs impacts peuvent dépendre de leur âge, densité, surface, et politiques gouvernementales, entre autres. Les impacts les plus clairs sont ceux de l’augmentation des surfaces imperméables, telles que les routes et les immeubles, un accroissement des températures, ainsi que de la pollution de l’air, de l’eau, lumineuse et sonore. Tout ceci contribue à la perte et à la diminution de la biodiversité spécifique à travers le globe[1]. Cependant, quelques “bonnes” nouvelles peuvent être apportées à ce sombre tableau, notamment par le fait que les villes possèdent une biodiversité souvent cachée et sous-estimée[2][3][4]. Les villes pourraient en effet abriter de micro écosystèmes, voire, être considérées comme un écosystème à part entière ; contenant de manière simplifiée, des producteurs primaires (plantes), des consommateurs (proies-prédateurs), et des bio réducteurs (micro-organisme). Pouvons-nous alors considérer les villes comme toujours synonyme de perte de biodiversité ?
Les études sur les relations entre les espèces et leur habitat, ici les villes, n’ont cessé d’augmenter pendant ces 10 dernières années, notamment du fait de l’implication de plus en plus fort des gouvernements dans la restauration de la biodiversité. La biodiversité en ville représente un enjeu écologique, mais aussi parfois économique[5]. En effet, la création d’espaces verts bénéficie à la fois la biodiversité locale mais valorise également les villes (valeur récréative). Cette biodiversité peut alors rendre des services écosystémiques tels que la production de miel chez les abeilles[3].
I) Les villes : une menace pour la diversité spécifique et génétique
La construction des villes entraîne une diminution et/ou dégradation de l’habitat naturel, une perte de connectivité, et de fortes pressions anthropiques (pollution chimique, sonore, lumineuse, sélection), ainsi qu'une homogénéisation des espèces biologiques, avec une diversité bêta (indice de dissimilarité) souvent plus faible entre les villes [1]. Malgré une différence entre les divers taxons, tout ceci a pour conséquence une baisse globale de la biodiversité[6][7]. Mais cette perte dépend surtout de la gestion et l’intensité d’urbanisation. Les villes les plus urbanisées (forte couverture imperméable, peu d'espaces verts, peu de connectivité...) ont tendance à impacter davantage la biodiversité[8]. Parmi les caractéristiques propres aux villes, on peut citer une saturation en lumière, de sorte que les modèles de biodiversité nocturnes sont susceptibles d'être significativement perturbés ; l'approvisionnement alimentaire différent des zones naturelles, avec une abondance de ressources, même en hiver pour les granivores ou d' autres animaux, une abondance d'invertébrés plus faible ; de nombreux gîtes potentiels ; et une chaleur plus forte qu'en zone non-urbaine en toutes saisons[7][9]. La combinaison de ces caractéristiques particulières font de ces zones des "nouveaux habitats"[10][11]. Cependant, malgré la présence de ces habitats hétérogènes, leur fragmentation engendre la formation de petites populations isolées les unes des autres[12][9]. La théorie de la biogéographie insulaire a donc été appliquée à ces habitats urbains, pour tenter de comprendre les modifications de biodiversité en ville. Plus le degré de fragmentation des habitats est fort et les habitats de petite taille, plus ils hébergent une biodiversité pauvre dont les populations présentent une faible diversité génétique et sont plus susceptibles de disparaître[13][11]. Ainsi, ces nouveaux habitats ne sont pas synonymes de gain de biodiversité.
La plupart des études concernent les arthropodes et les oiseaux. Elles indiquent en général un déclin de diversité spécifique et d'abondance avec l'urbanisation, particulièrement en région tempérée[3][13]. Pour ces deux groupes taxonomiques, l'abondance de certaines espèces peut parfois augmenter en ville, en lien avec l'introduction d'espèces non-natives ou avec la présence d'espèces natives généralistes exploitant sans impact négatif les ressources proposées par l'habitat urbain. Ces fortes abondances ne sont donc pas le signe d'une plus forte biodiversité, au contraire, car face à ces espèces très compétitrices, la vulnérabilité d'autres espèces peu augmenter. De façon générale, même si quelques espèces natives en danger parviennent à s'installer de façon pérenne en ville[14], la plupart d'entre elles sont restreintes aux reliques d'habitats naturels les plus préservés[11]. L'urbanisation est donc associée à la disparition des ces espèces si aucune mesure de protection n'est mise en place. Les zones urbaines sont également porteuses d'une homogénéisation de la biodiversité spécifique [13] et des traits fonctionnels. Par exemple, au centre ville, on peut constater une généralisation vers la production de graines plus grosses pour les plantes [15] et un début d'activité plus tardif pour les abeilles sauvages [14]. En ce qui concerne les espèces, une homogénéisation est constatée notamment pour les oiseaux [1].
II) La biodiversité insoupçonnée des villes
Les nouveaux habitats urbains peuvent favoriser l'apparition d'une nouvelle biodiversité[11].
En effet, la ville permet la formation de nombreux microhabitats sur un petit espace ce qui permet l'application de la théorie de la biogéographie insulaire aux zones urbaines. La ville permet également d’accéder à des ressources limitantes plus facilement (eau, minéraux,...), d'avoir une dispersion des espèces importante par exemple via le commerce[8] et de profiter d'une température plus élevée[14].
1.Les communautés microbiennes [4]
L'effet de l'urbanisation sur les communautés microbiennes du sol a jusqu'à présent toujours reçu relativement peu d'attention. Pourtant, elles sont susceptibles de jouer un rôle important dans les cycles biogéochimiques et les cycles nutritifs. Il a été démontré que les processus d'urbanisation affectent les écosystèmes du sol. L'urbanisation est associée à une variété d'effets sur les propriétés physiques et chimiques du sol, y compris l'effet d'îlot de chaleur urbain, la pollution, la conversion à diverses formes d'utilisation des terres et les changements dans les communautés du sol. Ces changements dans les propriétés chimiques et physiques du sol peuvent affecter les micro-organismes du sol et ainsi leur diversité, dans les zones urbaines. Cependant les diverses études portant sur les micro organismes du sol en milieux urbains n'ont pas démontré une baisse de diversité de ces communautés en milieu urbain. Les communautés bactériennes du sol seraient capables de changer en réponse aux perturbations causées par la construction urbaine ; cependant, l'ordre de succession n'est pas clair. De plus, bien que le développement urbain a des effets complexes sur les communautés microbiennes du sol, une grande partie de la variation observée dans ces communautés est restée inexpliquée.
2.Les communautés végétales urbaines
a) Une grande diversité végétale en ville
Plusieurs études basées sur des comparaisons d'habitats urbains et non-urbains et sur des gradients d'urbanisation indiquent une plus grande diversité spécifique végétale en contexte urbain, à grande échelle. Cette forte biodiversité végétale serait liée à hétérogénéité des habitats urbains, à l'introduction d'espèces exotiques et au contrôle direct de cette biodiversité végétale par l'Homme[13][11]. Cette diversité végétale permet aux abeilles d'être présentent dans les villes avec même une étude effectuée en Pologne[14] indiquant que la diversité en espèces ne varie pas significativement le long du gradient d'urbanisation.
b) Toits végétalisés
Les toits végétalisés se sont montré être des refuges efficaces pour les insectes, et potentiellement plus tard pour les oiseaux et d’autres petits rongeurs[2]. Ils pourraient jouer un rôle important non seulement dans la création d’espaces supplémentaires dans les zones urbaines, mais aussi dans la conservation d'espèces rares ou en voie de disparition. En conséquence, le potentiel de ces habitats artificiels est vaste et pourrait participer à l’augmentation de la biodiversité dans les villes.
3.L'évolution des espèces en milieu urbain
L'urbanisation entraîne des modifications de l'environnement biotique et abiotique qui ont des impacts sur les dynamiques évolutives des espèces présentes[9]. Puisque l'urbanisation modifie l'environnement dans lequel vivent les populations, elles ne sont plus soumises aux mêmes pressions de sélection (naturelle ou sexuelle), ce qui peut engendrer des divergences évolutives . Des études ont permis de mettre en évidence des divergences génétiques entre des populations non-urbaines et urbaines animales[16][17] et végétales. Pour les oiseaux, le changement de fréquence dans le chant en ville fait consensus mais son origine n'est pas encore connue. L'étude de Zollinger et al. [18](2017) indique que ce changement ne serait pas du à l'apprentissage ou à une plasticité vocale de l'adulte. Cela conduit les auteurs à émettre l'hypothèse d'une sélection d'un chant plus aiguë en zone urbaine. Aussi, des études sur les populations de renards[17] ou sur les juncos ardoisés (Junco hyenalis)[16] montrent l'apparition d'une divergence génétique entre populations urbaines et rurales suite à l'urbanisation. L’initiation de divergences génétiques et comportementales entre deux populations soumises à des pressions de sélection différentes peut conduire à l’isolement reproducteur et donc, à la spéciation[10]. L’urbanisation peut donc potentiellement favoriser l’apparition d’une biodiversité particulière.
Conclusion
Il semblerait qu'il existe un consensus sur le fait que les villes très urbanisées diminuent considérablement la biodiversité. Celles-ci homogénéisent drastiquement la biodiversité présente. En revanche, l'urbanisation n'est pas toujours synonyme de perte de biodiversité. Elle présente de nouveaux habitats pour les espèces qui s'y développent, en interaction avec les activités anthropiques[11]. Les villes, si, bien gérées et construites, peuvent cohabiter avec la diversité présente plutôt que de réduire son habitat[14]. Cependant, le corpus d’études présenté ici a pu mettre en lumière le fait que la réponse n’est pas si simple. Les villes peuvent et ont, certes, diminuées la biodiversité à un temps donné, mais elles peuvent également créer de la diversité, parfois même des espèces différentes de l’espèce initiale, et la faire évoluer[19][12].
Les études futures devraient se focaliser sur les traits fonctionnels des espèces présentes dans les villes afin de déterminer s’il existe également une tendance à la diminution. En effet, la perte de diversité spécifique ne rime pas toujours avec perte de diversité fonctionnelle. De plus, davantage d’études doivent être faites sur les conséquences de l’urbanisation sur le génome. Cela permettrait de savoir jusqu’à quelle échelle les variables anthropiques joueraient le rôle de pression de sélection.
En conclusion, les villes sont bien une menace pour la diversité, qu’elle soit spécifique ou génétique, mais représente parfois un refuge voire même un habitat favorable pour une certaine diversité. Mais si les forces évolutives associées aux habitats urbains peuvent permettre l'émergence d'une biodiversité originale : quelles gestions adopter ? Est-ce un atout ? Quelle sera la place de cette "nouvelle biodiversité” ?
Les zones urbaines sont-elles toujours synonyme de perte de biodiversité ?
L'établissement de l'Homme dans un nouvel habitat amène souvent à la construction de colonies plus ou moins grandes. L’urbanisation est le phénomène qui amène les populations à aller vivre à l’intérieur ou proche des villes, pour des raisons économiques ou sociales, créant de grands espaces urbains. Ce phénomène est nettement accru depuis les années 1800 où seulement 3,4% de la population mondiale vivait dans les villes. Aujourd’hui plus des 3/4 de la population mondiale vit dans ce que l'on peut nommer l'écosystème urbain. Cette augmentation est notamment liée au phénomène de périurbanisation qui comble les espaces ruraux en grande périphérie, faisant passer les bourgs ruraux au statut de petite ville.
Quel est l’impact de la présence des zones urbaines sur la biodiversité ? Nous serions tenté de dire que l’impact est négatif et que les villes sont connues pour être une des causes majeures de la perte de biodiversité dans le monde. Mais alors, les villes sont elles toujours synonyme de perte de biodiversité ? Les villes peuvent pourtant être considérées comme un écosystème, abritant une biodiversité propre. En effet, certaines espèces vont s'adapter et même prospérer dans les villes, tandis que d'autres vont s'en éloigner le plus possible. Essayer de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents et le fonctionnement de l’écosystème urbain pourrait, à terme, permettre de mener une gestion durable des villes.
Hypothèses :
(1) Les zones urbaines sont une menace pour la biodiversité (fragmentation et perte d'habitat, pollution, extermination...)
(2) Les villes, si considérées comme un habitat à part entière, peut être le fruit d'un essor de biodiversité
(3) La pression humaine entraîne la biodiversité à s'adapter et se diversifier davantage
Quelques définitions :
Publiée il y a plus de 8 ans par C. Blot et C. Martin.Diversité spécifique : nombre d'espèces présentes dans un milieu donné
Évolution : différence morphologique et génétique que l’on observe d’une génération à l’autre entre ascendants et descendants
Plasticité phénotypique : capacité d'un organisme à exprimer différents phénotypes à partir d’un génotype donné selon des conditions biotiques et/ou abiotiques environnementales
Adaptation : mécanisme par lequel un variant est sélectionné; c'est également le produit de cette sélection
Urbanisation : phénomène démographique se traduisant par une tendance à la concentration de la population dans les villes
Dernière modification il y a plus de 8 ans.