I - Introduction
Depuis son émergence, l’Homme n’a cessé de se développer et de croître à travers le globe. De ce fait les activités de ce dernier semblent impacter de plus en plus la planète Terre et marquent plus ou moins profondément l’environnement[1][2]. Ces impacts sont actuellement visibles et enregistrés de manière pérenne dans la stratigraphie[1][3][1]. Ainsi, certains scientifiques dont Paul J. Crutzen (prix Nobel de chimie 1995) mais également des philosophes ou encore des sociologues[4][5] se sont penchés sur la légitimité de l’entrée dans une nouvelle période géologique : l’Anthropocène (anthröpos “être humain” et kainos “nouveau”)[6]. Bien que largement utilisé dans la littérature scientifique, le terme “Anthropocène” reste cependant informel. Un groupe de la Sous-Commission pour la Stratigraphie Quaternaire a été formé pour étudier le concept d’Anthropocène[7]. Ce groupe de travail est chargé d’examiner si ce terme devrait officiellement être reconnu comme une nouvelle unité géologique de l’histoire de la Terre[8]. L’acceptation de l’Anthropocène marquerait donc la fin de l’Holocène[9] qui est la dernière période interglaciaire du Quaternaire et s’étendant sur les derniers 11.000 ans. Ce dernier est marqué par le début de l’enregistrement de l’impact des Hommes dans les glaces du Groënland[1][7]. Toutefois, d’autres scientifiques pensent que l’Holocène n’est pas terminé et que l’Anthropocène n’a aucun fondement épistémologique [7].
Au vue des changements actuels, l'Anthropocène peut-il être considéré comme une nouvelle période (s.l.) géologique ?
II - Cœur de la synthèse
Quels seraient les marqueurs de l’Anthropocène ?
En 2002, Paul J. Crutzen, énonce qu’il semble naturel de désigner l’Anthropocène comme une époque géologique à part entière[6]. La définition de cette nouvelle période paraît nécessaire car l’Homme à un impact tel que les courbes de carbone atmosphérique et de température ne suivent plus les constantes de la dernière période interglaciaire qu’est l’Holocène[10][9]. Plusieurs marqueurs d’une époque géologique dominée par l’Homme sont mis en avant. Ainsi on peut citer une augmentation de l’érosion des sols, l’épuisement des énergies fossiles disponibles, une perturbation des écosystèmes par des activités agricoles importantes ou encore une augmentation des taux atmosphériques des gaz à effet de serre tels que le dioxyde de carbone (CO2) et le méthane (CH4). Tous ces changements ont conduit à la perturbation de l’équilibre naturel des écosystèmes tout en se manifestant par une augmentation du niveau marins, l’extinction de masse des espèces et une augmentation de la température moyenne.
Pourquoi le concept est-t-il controversé ?
Tous s’accordent sur le fait que l’empreinte humaine sur l’environnement est devenue si importante et si active qu’elle rivalise avec certaines des plus grandes forces de la nature et impact le fonctionnement du système terrestre[6] [10]. Les points de divergence apparaissent surtout sur la date de début de l’Anthropocène et sur son statut géologique : est-ce une unité géologique à part entière[2] ? Conventionnellement, une période doit posséder un GSSP ou "clou d’or" qui va marquer son début. Le GSSP est une localité stratigraphique qui identifie les changements géologiques, fossilifères et géochimiques. A défaut de pouvoir définir un GSSP, un GSSA qui va attribuer un âge numérique précis, peut être choisi. Si la plupart des géologues reconnaissent l’impact de l’Homme sur Terre et qu’il est en plus possible de le mesurer à travers la présence de composés synthétiques comme l'aluminium ou le plastique dans les sédiments[11], il n'en est pas de même pour définir l’Anthropocène comme une nouvelle époque. La position de ces chercheurs s’explique notamment par l’absence d’un GSSP. Tant qu’un GSSP ou GSSA n’est pas défini de manière claire et précise, l’Anthropocène ne peut être considéré comme une période géologique. Pour Crutzen, le début de l’Anthropocène est marqué par l’augmentation depuis la fin du 18e siècle, du taux de dioxyde de carbone et de méthane, que l’on peut détecter dans l’atmosphère et les carottes glaciaires. Cette période coïncide avec l’invention de la machine à vapeur de James Watt en 1784[6]. Cependant certains auteurs ne sont pas de cet avis. En effet, un GSSP doit pouvoir être retrouvé à un niveau mondial, or la Révolution Industrielle se base sur des émissions de dioxyde de carbone qui concernent uniquement les pays industrialisés, soit 20% de la population [8]. Dès lors, d’autres propositions de marqueurs de l‘Anthropocène ont été faites, parmi lesquelles, on retrouve :
Les impacts humains pléistocènes : le premier événement est important tant pour la lignée humaine que pour les impacts sur Terre. La domestication du Feu à environ -400.000 ans va alors laisser des empreintes comme les charbons dans l’environnement. Cependant ces foyers sont localisés à certaines zones mais aussi certains continents. Un autre événement qui peut être proposé est l’extinction de la mégafaune entre 50.000 et 10.000 avec aussi émergence de nouvelles espèces. La moitié des grands mammifères mondiaux (soit 4% des espèces mondiales) vont disparaître à cause de la chasse ou de la surplomber [1].
Les impacts pré Révolution Industrielle : ces impacts anthropiques vont être de longue durée comme la mise en place de l’agriculture. La végétation naturelle est remplacée par une domestique ce qui augmente le taux d’extinction et modifie les cycles biogéochimiques. Un dérivé de l’agriculture serait aussi l’anthropisation des sols et de manière plus importante avec l’agriculture intensive. Bien que ces événements soient répandus ils ne sont pas synchrones (2000 ans d’écart entre l’événement et son impact) [1][12]. On a aussi des remplacements de populations humaines lors de la colonisation de l’Amérique du Nord par les européens il y a 13.000 ans. Cela a résulté en des changements biologiques importants[1].
La Révolution Industrielle : en 1784 l’industrialisation s’amplifie notamment en Europe grâce à de nouvelles méthodes mais aussi matières premières. A cela sont corrélés de fortes émissions de gaz à effet de serre et plus principalement le CO2. Cette hausse est similaire à l’augmentation observée lors du PETM (Pleistocene Eocene Thermal Maximum). Il en découle des événements comme l’acidification des océans, les changements climatiques … [1][7].
La Grande Accélération : c’est un événement visible depuis les années 1950. Il correspond à une expansion humaine mais aussi aux grands changements dans les processus naturels et le développement de nouveaux matériaux, des roches aux plastiques aux polluants. On peut aussi noter les bombes nucléaires qui ont été testées au cours des guerres mondiales et qui ont libérés des éléments radiogéniques qui sont toujours en retombée actuellement [1][7].
Sols anthropisés : Certini et ses collaborateurs soutiennent en 2011 que les meilleurs marqueurs de l’impact croissant de l’Homme sur l’environnement sont les sols anthropisés[13]. SJ Gale and PG Hoare ont étudié en 2012 cette proposition et sont arrivés à la conclusion que le choix d’un tel marqueur mène à des limites faisant qu’il ne peut être validé. En effet, les sols anthropisés ne répondent pas à plusieurs critères essentiels à l’établissement d’un point stratigraphique. Notamment ils ne permettent pas de caractériser l’Anthropocène à l’échelle mondiale et néglige des milieux stratigraphiquement importants tels que les océans et les carottes glaciaires. De plus, la structure de ces sols n’est pas constante puisque ils sont soumis à des remaniements tels que la bioturbation.[14]
Perspectives futures : aux vues de l’aspect diachronique des événements cités précédemment et la répartition spatiale très hétérogène, il est légitime de se demander ce que l’on observe. Nous observons peut-être la transition entre Holocène et Anthropocène mais nous ne sommes potentiellement pas en train d’essayer de la définir dans les événements passés. La limite se définit plutôt dans le futur[7].
En définitive, une des facettes de la controverse sur l’Anthropocène se résume à la recherche de ce « clou d’or ». Paradoxalement ce dernier n’est pas évident à définir et ce pour plusieurs raisons. Chaque proposition de date ou d’intervalle de date proposé rencontre de vives critiques. Par exemple, l’invention de la machine à vapeur marquant le début de la Révolution Industrielle, "clou d’or" proposé par P. Crutzen en 2002, se voit refusé car il semble absurde de considérer une invention qui marque le début de la Révolution Industrielle d’une seule partie du globe comme point de départ d’une période géologique. tout ceci fait que l’Anthropocène n’a pour l’heure aucuns fondements épistémologiques.
III - Conclusion et ouverture
Il n'est pour l'instant pas possible de conclure sur l'Anthropocène. Les impacts humains sont clairement acceptés et étudiés mais la formalité du terme pose toujours problème. Des marqueurs biologiques, géochimiques et géologiques sont mis en évidence dans de nombreuses études mais les déclarer en tant que GSSP n'est actuellement pas possible. Peut-être que dans le futur ces événements se seront terminés et stabilisés permettant ainsi de les caractériser en tout point de vue comme clou d'or. Les géologues du monde ne sont pas tous en accord avec le terme d'Anthropocène. Mais comme cette notion est multidisciplinaire, aux réflexions des scientifiques viennent s'ajouter celles de sociologues, de philosophes ou encore de politiciens. Il en va aussi de réfléchir quand à la responsabilité des pays qui ont induit l'Anthropocène avant de le tourner comme une "culpabilité mondiale" .
En sommes, l’Anthropocène est un terme couramment utilisé et reconnu dans le langage scientifique mais pas réellement formalisé à l’échelle des temps géologiques. L’Anthropocène mériterait peut être de rester une notion informelle pour permettre de situer les événements dans les notions géologiques. Le terme serait plutôt perçu au même titre que le Moyen Age ou encore l'âge du Bronze. On réfère donc plutôt à un événement marquant qu’à une réalité temporelle. Une autre proposition serait de remplacer le terme Holocène pour le terme d’Anthropocène. Ces notions et propositions restent à étudier puisque pour l’instant, dans la communauté géologue, les personnes “contre” refusent complètement l’idée d’Anthropocène [15].
Peut on réellement parler de l'Anthropocène comme une nouvelle période géologique ?
Introduction
L’échelle des temps géologique permet de décrire l’histoire des changements globaux terrestres. Elle permet de classer les événements marquants des principaux facteurs biotiques et abiotiques. Afin de définir ces unités géologiques, il a fallu exprimer des critères standardisés communs à l’ensemble de celles-ci. L’International Commission on Stratygraphy (ICS) définit des GSSP (Golden Stratotype Section and Point). Ce sont des localités où l’on définit un stratotype où sont enregistrés des critères lithologiques, paléontologiques ou même encore géochimiques marquant un changement. A défaut d'avoir des GSSP, on peut définir un GSSA (Global Standard Stratigraphic Age) qui correspond à un âge numérique précis.
L’émergence de l’Homme ainsi que ses activités ont impacté plus ou moins profondément les environnements. Ses différentes innovations sont visibles dans le registre fossile et permettent d’évaluer l'ampleur des ses actions. Actuellement, nous observons ces changements importants dont les altérations sont enregistrées de manière pérenne. Il est donc légitime de se questionner sur l'existence d'une nouvelle période (s.l.) dominée par l’impact des activités humaines. Cette nouvelle unité serait l’Anthropocène (anthröpos “être humain” et kainos “nouveau”). L’impact de l’Homme sur son environnement est accepté mais il reste à en définir les modalités. Néanmoins des questionnements quant à l’implication des pays ou sociétés responsables de ces phénomènes sont aussi à étudier.
Cadre concret
La mise en place de l’Anthropocène aurait une portée globale. Cette question se place à l'échelle de l’humanité mais il en va tout de même de réfléchir à la responsabilité des pays. En effet, la plupart des impacts ont une origine localisée et donc un enregistrement régional. On peut réfléchir à l’Anthropocène de manière passée, contemporaine mais aussi future pour en définir la limite de début.
Cadre conceptuel
Publiée il y a plus de 7 ans par M. Clerc et H. Sobry.La définition du terme et de sa date de début repose sur des événements comme l'émission de CO2 atmosphérique, la hausse du niveau marin ou encore l’urbanisation... . Afin de quantifier et assurer ces définitions, des méthodes de radiochronologie, cryochronologie et chronostratigraphie sont mises en place.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.